10. Illusion et réalité
Je le revois arriver en cours, ce petit cheval, avec son cavalier de l’âge de mon père dessus.
Ce jeune cheval complètement paumé dans une carrière, qui n’avait rien de
western, monté en équitation classique, avec un enrênement contraignant, et qui
ne représentait en rien le cheval de mes rêves.
Je me sentais supérieure, sur le dos de mon Sombrero, lui si fougueux et
altier.
Une illusion là encore.
Il a suffi d’un échange de quelques phrases avec Julien, son propriétaire, un
jour où Yung était complètement en dehors du cours.
“- Eh ben il a du mal à se concentrer le Yung aujourd’hui !”
Julien me répond alors, dépité :
“ - Pfff, oui, je n’ai pas le temps de le monter… Je l’avais récupéré en pensant que mes enfants monteraient un jour, mais aucun d’eux ne s’est mis à cheval… Et moi avec le boulot je n’ai pas assez de temps… Donc forcément, il sort bien trop rarement et ça fait des étincelles.”
Je ne réfléchis pas, je rétorque en rigolant : “ Ah ben si tu veux, je viens le
monter quand tu veux !” Derrière cette phrase, aucune intention, aucune envie,
aucune conscience de ce que je proposais. Dans le milieu du cheval, il est
possible de monter des chevaux de propriétaires, moyennant le partage de la
pension. A aucun moment il ne m’avait traversé l’esprit qu’on me prête un
cheval gratuitement. La demi-pension ne m’était pas envisageable, l’argent de
mes baby-sitting et d’animatrice de colo passant alors dans les cours
d’équitation et l’essence pour ma moto.
Et surtout, ce petit cheval à qui il fallait tout apprendre, croisé
trotteur-arabe, qui mettait 20 mètres pour s’arrêter là où les quarter-horses
de mes rêves en mettent 2, ne m’attirait pas du tout.
Alors quand Julien m’a répondu, espoir dans les yeux compris “Ah oui, avec
plaisir, tu nous aiderais tous les deux !”, mon cerveau a buggué.
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