11. Altérité et reflet

 1/08/25

9H34

Il serait bien long de raconter les 20 ans de partage de vie avec Yung, et tout ce qu’il m’a enseigné.
Yung, que j’orthographie ainsi pour la première fois dans cet ouvrage, fidèle à ses papiers d’origine, mais que j’avais alors choisi de nommer « Young », n’aimant alors pas la couleur germanique de son nom originel.
Aujourd’hui, je fais le choix de lui rendre toute sa pleine identité, qui s’est révélée par mes compréhensions de ces derniers mois, vous saisirez pourquoi dans quelques lignes.

Quelques mois après avoir commencé à monter Yung, le jour de mes 20 ans, j’ai gagné dix mille euros au jeu à gratter du Millionnaire (oui, véridique, comme quoi ça n’arrive pas qu’aux autres).
Je ne connaissais encore pas la loi de la manifestation, ce fameux truc qui fait en sorte que quand tu obtiens les moyens de mettre en œuvre tes projets quand tu n’attends plus rien.
Ma première pensée a été “je vais acheter un cheval”.
Et manifestation encore…
Quand Julien m’a proposé d’acheter Yung quelques semaines plus tard, alors que rien en lui ne correspondait à mon cheval de rêve, je n’ai pas pu faire autre chose qu’accepter.
C’était plus fort que moi, tout me poussait dans cette direction.

Je me disais alors que l’occasion d’acheter un cheval dont on connaît déjà tous les travers et les vices ne se représenterait pas. Je cherchais une justification qui était illusoire.

Le pourquoi n’a pu être conscientisé que plus de 2 décennies plus tard.

Yung est mon miroir.
Il m’a toujours montré ce que je ne voulais pas voir en moi.
Il m’a toujours guidée.
J’allais le voir alors que j’étais énervée ? La séance qui suivait se passait dans l’affrontement.
J’y allais le coeur léger et pleine de joie ? La balade devenait un instant hors du temps.

C’est pour lui que nous avons déménagé en Isère, c’est grâce à lui que je suis arrivée à Crémieu.
C’est pour le comprendre que j’ai dû changer toute ma manière de monter à cheval, lui qui faisait toujours exactement le contraire de ce que je pensais lui demander.
Jamais je n’ai pu le formater à ce qu’on m’avait appris auparavant. J’ai appris à déconstruire, et à co-construire, pour que chacun puisse combler ses besoins dans le respect de l’autre.

C’est lui qui m’a enseigné que nous ne pouvons pas changer les autres, mais que nous ne pouvons que nous changer nous-même.
Et notre relation aux autres s’en trouvera changée de fait.
Il m’a fallu 20 ans pour l’intégrer, grâce à un animal.

Je crois que je pourrais écrire une encyclopédie sur les enseignements de Yung, sur tous ces instants avec moi, mes enfants, mes chiens, la relation avec la nature, le rapport au temps, qui étaient des clés de compréhension sur moi.
Même son nom, si proche de Jung est un guide en soi…
Jung dont j’ai découvert la philosophie, si proche de mes propres intégrations, que récemment.

Yung m’a sauvé la vie à plusieurs reprises.
Il m’a appris la vie.
Il n’a jamais changé, il est resté fidèle à lui-même, c’est moi qui ai évolué à son contact, grâce à sa stabilité.
Il a été un pilier, et l’est toujours.

Sa silhouette en miroir est à l’origine de mon 1er tatouage, mon miroir et moi ne faisons désormais qu’un sur mon corps.

Aujourd’hui, je comprends que Yung représente la personne à l’attachement sécure.
Celle qui est d’un équilibre sans faille, qui ne plie pas sous l’agitation autour d’elle, qui sait s’apaiser seule, qui a confiance en elle, qui connaît sa valeur.

Je ne suis jamais tombée de Yung.
Et pourtant, les occasions ont été nombreuses, entre cross, randos, galops effrénés dans les champs, rencontres d’animaux et situations aléatoires en tous genres…

Je crois n’avoir jamais eu peur avec lui.
A son contact, je suis immédiatement imprégnée d’une confiance en nous.
Nous formons un tout.

Ses enseignements ont toute leur place chez la gérontologue que je suis.
Son vieillissement serein est source d’observation permanente pour moi.
Il est aujourd’hui un équidé de 26 ans, avec ses poils blancs et ses dents un peu fatiguées.
Mais il continue à me montrer toute sa joie de vivre, et nous partageons des moments d’éternité.
Le temps n’existe pas quand nous sommes en totale présence l’un de l’autre.
Peu importe hier, peu importe demain.

Et c’est exactement l’idée que je me fais de la relation saine à l’autre, celle qui nous fait grandir : pouvoir être complètement soi, authentique, accueilli et accueillant totalement dans l’instant l’autre.
Tout ce qui s’éloigne de cet état révèle une blessure à guérir, un équilibre à retrouver.




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