12. Handicap et acceptation

6/08/25

 9H06

Je n’avais pas abandonné l’idée d’avoir un chien.
Un chien, pas un chat.
Cette nuance est importante, je comprendrai pourquoi bien des années plus tard.

Mes parents ont tenu bon.
“Tu feras ce que tu voudras quand tu seras chez toi”, je vous rappelle.
J’ai emménagé chez moi un samedi, le dimanche j’étais à la SPA.
 

Mon fiancé et moi sommes revenus avec Léïa, croisée Rottweiler/Beauceron.
Une crème de chienne qui subissait le délit de faciès lié à la vague d’attaque de chiens d’alors.
Quelques jours après son arrivée, nous découvrions les réelles raisons de son abandon: une malformation qui la rendait incontinente.
Et pourtant, à aucun moment il ne nous est venu à l’esprit de la ramener à la SPA.
C’est elle qui nous avait choisis.
Première confrontation à la perte d’autonomie pour moi.
 

Nous nous sommes adaptés à elle.
Elle nous a suivis de partout.
Malgré le handicap.

Toute sa vie, je lirai dans ses yeux la reconnaissance de l’avoir sortie de sa cage ce fameux dimanche.

Mes parents, historiquement anti-chiens, ont tenu environ 1 jour.
Quand Léïa leur a fait son jeu de charme dès leur première rencontre, nous étions à quelques jours d’un départ en vacances.
Je revois ma mère, me dire, inquiète : “mais vous n’allez pas lui faire faire un si grand voyage ?!”
Papa et Maman ont alors commencé leur évolution affectivo-canesque au contact de Léïa, formation qui se poursuivra au fil du temps et de mes animaux…

Puis je suis tombée enceinte.
Anaëlle est arrivée, Léïa et elles se sont immédiatement adoptées mutuellement.
C’était le premier mot de ma fille, “Eïa”.

Un jour, mon mari est allé courir avec notre chienne, qui avait alors 5 ans.
Je l’ai alors vu revenir sans elle.

Arrêt cardiaque.
Sans aucun signe annonciateur.
Un choc terrible.
 

Il ne se le pardonnera jamais.

La perte de Léïa a été ma première expérience de deuil affectif proche de ma vie de jeune adulte, celle qui vous apporte une piqure de rappel quotidienne : ne plus trouver sa chienne en bas de l’escalier le matin, entendre “éïa ? éïa?” de la bouche de sa fille et lire la tristesse dans ses yeux, constater la peine de Yung qui a perdu sa compagne de balade … 

Léïa est morte le jour de l’anniversaire de mon grand-père maternel.
Il venait d’apprendre la nouvelle quand je l’ai appelé.
Je l’entends encore me dire, des sanglots dans la voix : “ Tu sais, je n’aimais pas les chiens, mais alors ta chienne…”

Lui aussi avait évolué au contact de l’amour que Léïa portait à tous. 

L’ironie du sort a fait que mon grand-père est décédé quelques mois plus tard.

Quand j’ai constaté que j’avais été bien plus triste à la disparition de ma chienne, un animal, qu’à celle de mon grand-père, ma famille, mon sang, cela a été très violent.
Une grande culpabilité que je ne m’expliquais pas alors m’envahissait.
 

Cela n’était pas normal, pensais-je alors.

Aujourd’hui, je pense radicalement le contraire.
Ce n’est pas anormal.

Le deuil est le chemin d’acceptation de la perte.
Plus l’objet de la perte était présent, plus son absence se fait visible.

Peu importe son origine, peu importe ce qui est censé être bien ou pas, peu importe nos croyances.

La perte, le passage d’un objet/sujet du visible à l’invisible, qu’elle soit annoncée ou pas, nous entraîne dans un processus, qu’on le veuille ou non.

Il y a un avant, et un après.
La date de la perte, son contexte, devient même un repère temporel : “il y avait encore Léïa, donc ça devait être en 2007”

Elle vient inscrire une marque sur la frise chronologique de notre vie.




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