13. Vie, Mort et Foi
14H12
Léïa m’avait appris l’amour inconditionnel, celui qui fait qu’on accepte l’autre dans toute son intégrité, dans toute son incontinence en l’espèce.
Vous aurez compris que je ne fais aucune distinction dans mes écrits et dans
mes pensées entre les types d’amour.
L’amour que l’on porte aux animaux n’est pas moins fort que celui que nous
portons aux humains : ils ont pour point commun qu’ils sont dirigés tous les
deux envers des êtres, des sujets animés.
Et chacun est en capacité de donner et de recevoir de l’amour, humain ou
animal.
C’est ce qui me permet de proposer une
première définition de l’amour : un échange, un partage entre plusieurs
parties, sans attente, sans condition.
C’est Eden, ma 2ème chienne, qui viendra
préciser cette définition.
Nous n’avons pas attendu après le décès de Léïa.
Anaëlle avait un an, la prudence me commandait de prendre davantage un chiot
dont nous connaîtrions l’histoire plutôt qu’un rescapé de la SPA.
Et c’est vers une croisée, encore, que notre choix s’est porté.
Une petite chienne issue d’une histoire d’amour entre un labrador et une cane
corso.
Tous mes animaux seront issus d’hybridation.
Les étiquettes toutes faites ne sont décidément pas pour moi…
C’était notre premier chiot, arrivée à ses trois mois à la maison.
Mon mari et moi étions dans nos rôles d’éducateurs parallèles d’enfants et de
chiens.
Le premier rôle était guidé par les règles
sociales en ce qui concerne l’alimentation, le sommeil, le comportement… Nous
ne nous posions alors pas de questions, nous reproduisions alors ce que nous
avions vécu, appris par notre expérience d’ex-enfant.
Le temps de la remise en question du schéma parental n’était pas encore arrivé.
Mais avec Eden, nous nous sommes étonnamment laissé guider par notre intuition, certainement en lien avec la confiance et les connaissances que nous avions acquises grâce à Léïa. Si avec notre première chienne, nous avions pris des cours d’éducation, cela ne nous a pas traversé l’esprit avec Eden.
Nous reproduirons cette différence éducationnelle lors de la naissance de notre
deuxième fille : l’expérience nous avait apporté la confiance en nous pour
davantage nous écouter nous, que ce qui nous était intimés par la société.
Une fois encore, le prénom du chien a été le 1er mot de notre 2ème fille,
Mélia.
La vie a continué son cours, jusqu’à un événement qui n’avait pas été planifié
: un divorce.
Eden est restée avec moi, mon futur ex-mari n’ayant jamais su instaurer une relation profonde avec elle, sa culpabilité liée à la mort de Léïa n’ayant pas été dépassée.
Notre vie à 4, entre filles, s’est mise en place gentiment, Eden jouant son rôle de gardienne et d’éducatrice auprès de mes filles à merveille.
Puis est venu le moment pour Eden de
m’apprendre une nouvelle chose sur moi, une fois encore par le deuil.
Un matin de printemps, je prévois d’aller voir Yung, dans son pré.
Je m’équipe, et immédiatement, Eden se poste, comme à son habitude, devant la
porte, pour que je l’emmène voir son copain.
Pourtant, ce matin-là, quelque chose me dit “non, ne l’emmène pas”.
Je ne vois pas en quoi je ne l’emmènerais pas, il fait beau, j’ai le temps,
Eden a l’air hyper contente.
Objectivement, rien ne m’imposait de ne pas l’emmener.
Juste cette petite voix…
Que je choisis ostensiblement de ne pas écouter.
Un des plus gros regrets de ma vie.
Un de mes plus forts apprentissages.
Une heure plus tard, je serai en pleurs au volant de ma voiture, avec une Eden
respirant très difficilement, pour entendre le vétérinaire me confirmer ce que
je ne voulais pas affronter : ma chienne avait été mordue par une vipère, au
niveau de la truffe, au moment où les serpents sortent d’hibernation, pleins de
venin.
Et qu’il n’existe plus d’anti-venins pour les chiens.
Durant 3 semaines, nous aurons tout tenté.
Jusqu’à la consultation d’un hématologue canin.
Jusqu’à la transfusion sanguine.
En vain.
La transfusion ayant permis un répit temporaire, mes filles et leur papa ont pu
venir passer un moment apaisé avec Eden à la clinique.
Le lendemain, les reins avaient définitivement lâché, et c’est seule que j’ai
alors reçu des yeux de ma chienne sa demande de la laisser partir.
Jamais je n’avais jamais imaginé vivre ça.
Jamais je n’aurais pensé avoir le droit de vie ou de mort sur un autre individu
que moi-même.
A cet instant, j’ai tenté de remettre ma
responsabilité sur une autre personne, en demandant au vétérinaire “si c’était
votre chien, que feriez-vous ?”.
Il a eu la gentillesse de confirmer l’inconfirmable.
Alors nous nous sommes installées dans l’herbe, Eden et moi, avons câliné, je
lui ai demandé pardon, de ne pas avoir su écouter cette petite voix, de devoir
prendre la décision qui allait lui faire quitter la vie.
Et c’est dans mes bras qu’elle est morte.
Ce soir-là, quelque chose s’est brisé en moi.
Je suis rentrée aussi triste qu’en colère.
Je ne sais pas pourquoi c’est le lien avec la religion qu’Eden avait fait
remonter.
Eden, le serpent…
Je me rappelle avoir pensé : “ c’est impossible qu’il existe un dieu si c’est
pour infliger ça à un être aussi pur qu’Eden”
À partir de là, j’ai commencé à entrer en
opposition avec toute idée religieuse ou spirituelle.
Sauf que…
Je ne regardais pas du bon côté.
Je fuyais ma douleur en nourrissant une colère envers un élément extérieur à
moi.
Pourtant, la seule responsable de cette situation, c’est celle qui n’a pas
écouté son intuition ce jour-là. Celle qui savait au fond d’elle qu’elle ne
devait pas emmener sa chienne, et qui a choisi d’écouter sa raison plutôt que
son coeur.
Rien de tout ceci ne serait arrivé si Eden
était restée à la maison comme me l’avait susurré ma petite voix.
Mais jamais je n’aurais compris non
plus ce que cette situation dramatique m’a enseigné, je n’aurais jamais su à
quel point ne pas s’écouter peut transformer une trajectoire de vie.
Eden, tout comme Léïa, a joué son rôle de gardienne à la perfection, jusqu’au
sacrifice ultime.
C’est là tout le rôle des êtres qui traversent notre vie.
Ceux qui vont nous faire ressentir des sensations au plus profond de notre
corps, qui vont générer émotions puis actes.
Heureusement, nul besoin d’aller jusqu’au décès.
Simplement entendre que chaque rencontre, chaque passage d’une autre personne,
une nouvelle situation, est l’occasion pour cette petite voix de s’exprimer, et
pour nous, de choisir ou pas de l’écouter.
Léïa m’a fait découvrir l’amour
inconditionnel.
Eden m’a fait prendre conscience de la Foi.
Pas la Foi religieuse ou en une idéologie dictée par d’autres.
La vrai Foi en soi, la confiance.
Celle qui nous impose de connaître sa valeur, et d’écouter davantage ce qui
vient de nous plutôt que ce qui vient de l’extérieur.
Celle qui nous amène à connaître notre propre intégrité, à la respecter et à la
faire respecter.
L’amour est un canal d’échange entre des personnes respectueuses des individualités de chacun.
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