14. Amour, liberté et domination
7/08/25
8H57
La mort d’Eden avait laissé des traces.
Chez tous les membres de la famille.
Il nous a fallu du temps pour accepter, digérer, guérir.
Nous aurions pu replonger directement dans une nouvelle relation avec un chien,
comme on plongerait dans un nouveau couple pour oublier l’échec du précédent.
Mais non, il a d’abord fallu panser les plaies.
J’avais déjà évolué depuis la mort de Léïa.
Nous étions accaparés par la construction de
notre maison, ce n’était pas le moment d’ajouter des contraintes, même si nous
savions qu’un jour un nouveau chien nous rejoindrait.
Nous saurions quand ce serait le moment.
Quelques jours après la pose de la clôture du
terrain, alors que je zone sur Facebook, je tombe sur une photo d’un chien,
postée par une association de sauvetage.
Officiellement, un croisé berger-allemand/husky d’1 an.
Le coup de foudre, je sais que c’est lui.
Si comme mes chiennes, c’est encore un croisé,
c’est un gros changement par rapport à mes chiens précédents : c’est un mâle,
mais également un hybride non molosse…
Je découvrirai assez vite la différence, comme la surprise de constater que ce
n’est pas avec un husky qu’il était croisé, mais avec un loup.
Pumpy est alors entré dans ma vie.
Très vite, je perçois la nuance dans son
comportement par rapport à Léïa et Eden…
Si pour ces dernières, il était inenvisageable de me quitter des yeux en
balade, que je sois à pied ou à cheval, j’ai découvert que cela ne posait aucun
problème à Pumpy.
Inquiète au début, je pensais qu’il s’enfuyait…
Puis j’ai compris que je restais son épicentre, mais que son rayon d’action
pouvait inclure jusqu’à 500 mètres.
14H18
Avec Pumpy, j’ai appris la liberté.
Sa propre liberté.
Et la loi de l’attraction.
Physiquement.
Je veux qu’il revienne alors qu’il n’est pas en accord avec ça ? Il fuit.
Je force, je lui cours après ? Il part de plus belle.
Je lâche prise, attends qu’il soit prêt, voire
quitte son espace ? Il revient.
Son côté sauvage met en exergue son propre
attachement sécure envers moi.
Sa confiance totale.
Subtilement, j’ai appris ma propre liberté, et ma propre confiance en lui.
Il est toujours revenu.
Toujours.
Je l’ai toujours accueilli, dans la joie.
Et c’est avec Pumpy que j’ai découvert pourquoi je préférais alors les chiens
aux chats, en lien avec le travers de la domestication des animaux…
Un chien sans son maître se laisse mourir.
Un chien devient aveugle d’amour.
L’animal sauvage fuirait la violence, un animal domestiqué la nie.
Parce que l’homme a créé une hiérarchie, a assouvi un besoin de domination de
la nature à travers la domestication animale. Il est allé chercher chez
l’animal quelque chose qu’il ne pouvait faire lui-même ou trouver en lui :
garder d’autres animaux, se défendre, utiliser son flair hors normes...
Le temps passant, l’équilibre qu’il pouvait exister chez les premiers peuples a
mué en pouvoir de l’un sur l’autre, un chien devenant ornement ou instrument de
pouvoir bien davantage qu’outil complémentaire à l’homme.
Pumpy m’a révélé les travers de l’attachement anxieux, celui qui montre qu’on
ne peut vivre qu’au travers de l’autre, pour assouvir les besoins de
l’extérieur.
Et pourquoi je voulais un chien et non un
chat.
Parce que j’étais formatée par la société, à donner à autrui, sans chercher à
donner à moi-même d’abord.
Au contraire du chat, cet être totalement
indépendant.
On ne nourrit pas le chat ? Il s’en va.
Je me cachais derrière une allergie qui
m’arrangeait bien pour justifier mon attrait vers les canidés plutôt que les
félins.
Je prenais leur liberté pour de l’ingratitude.
Quand la question de prendre un chat s’est
posée avec mon compagnon d’alors, j’ai accepté, j’avais mon chien.
Lors de la séparation, il a pris le chat, j’ai pris Pumpy.
C’était il y a 3 ans.
Aujourd’hui, cela fait 4 jours qu’Hestya,
petite chatte de 3 mois, a intégré la maison.
J’ai suffisamment compris de choses sur moi, sur mon comportement, sur mes
blessures cicatrisées pour laisser entrer un être aussi libre dans ma vie.
Aucun être, quel qu’il soit, ne doit
quoi que ce soit à qui que ce soit.
J’accepte ma propre liberté, ma propre indépendance.
Je respecte celle des autres, même s’ils n’en ont pas conscience.
Pumpy
m’a appris à aimer sa liberté, ma liberté et celle de chaque individu.
L’amour sans domination, sans contrainte.
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