17. Identité et Valeur

 13/08/25

9H09

Il y a quelques semaines, j’ai fait le choix de changer la dénomination de mon activité professionnelle.
Parce qu’il en faut bien une.
Il y a 7 ans, j’étais orthophoniste.
Il y a 5 ans, je suis devenue consultante en gérontologie
Il y a 5 mois, je suis passée consultante en lien social.
Et depuis quelques semaines, je me suis attribué le titre d’”alchimiste sociale”.

Du plus conventionnel, accepté, connu, catégorisable, à l’inclassable, à la case créée de toutes pièces.

Et pourtant, jamais je ne me suis aussi sentie en accord avec une case.
Certainement parce que je suis la seule à l’occuper.

Je l’ai créée administrativement, sociétalement.
Et pourtant cette dénomination s’est imposée à moi, de manière totalement naturelle.

Mes différentes “professions” reflètent les étapes de ma vie où j’ai tenté de rentrer dans le moule imposé par la société.
L’orthophonie, la profession bien vue, lisse, reconnue. Mais dans laquelle j’étouffais. D’impuissance.
Plus le temps passait, plus il m’était difficile de ne voir que le trouble du patient.
Inconsciemment, je voyais derrière, au-delà de la personne que j’avais en face de moi.
Je voyais l’impossibilité de mon patient ayant fait un AVC à recouvrer la parole devant une famille qui ne souhaitait pas le laisser s’exprimer.
Je voyais le traumatisme d’enfance lié à une peur de la noyade chez cet homme d’affaires qui avait peur de déglutir.
Je voyais la peur de décevoir ses parents et ses enseignants chez cet enfant dyslexique.

Bref, je ne le savais pas encore, mais je voyais l’impact sociétal sur les comportements de mes patients.

Puis le burn-out, le déclic, l’échappatoire quand on est venue me parler d’un projet de résidence alternative pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
La formation en gérontologie, le stage à l’EHPAD de Crémieu, la création de ma société, la dénomination “consultante en gérontologie”.
Je prenais de la hauteur. Je formais les personnes qui accompagnaient ceux qui étaient jadis mes patients. Je commençais à partager mon expérience de thérapeute, et ce qu’elle m’avait enseigné. Je respirais à nouveau.
Je commençais à voir la place de chacun, le rôle différent selon sa place dans la société. Mais à ce moment-là, uniquement à travers le prisme de l’âge ou de la vulnérabilité.

Puis le film, puis mes engagements associatifs, puis l’affirmation de mes différentes casquettes. Et des rencontres, beaucoup de rencontres. Des regards, plein de nouveaux regards.
Une nouvelle leçon par rencontre, un nouvel apprentissage par conversation.

Je percute que nous avons besoin des uns et des autres pour apprendre, pour évoluer.
Que dans un monde où nous serions seuls sur une île déserte, nous serions peut-être tranquilles, mais nous n'évoluerions pas.
Et que seule la confrontation à l’altérité nous permet de percevoir le monde à travers d’autres yeux, d’autres vécus, d’autres expériences.
Je vois alors le monde comme un puzzle, dans lequel chacun a sa place, où chaque pièce est de même importance.
Et je comprends alors, ayant conscientisé ce fait, que mon rôle est de faire en sorte d’accompagner les personnes à prendre leur place au sein du collectif, quel qu’il soit. Et de manière parallèle, accompagner les collectifs à mettre en place les outils pour favoriser l’expansion de chacune des individualités.
Je deviens “consultante en lien social”.

Il y a quelques semaines, après plusieurs mois d’introspection intense d’abord subis puis choisis, je sors doucement de mes propres ténèbres et réalise qu’enfin non seulement je me sens à ma place là où je suis, mais que je me suis moi-même reconnue dans cette place-là.

J’avais trouvé le trésor en moi. J’avais suivi le chemin de ma Légende Personnelle, comme dirait Paulo Coehlo dans l’”Alchimiste”. Je m’étais alchimisée.
Et c’est là que j’ai réalisé que pour pouvoir trouver sa propre place au sein de la société, des différents collectifs auxquels on appartient, il est nécessaire de savoir qui nous sommes, quel est notre propre trésor, ce que nous avons à apporter aux autres qu’ils n’ont pas eux-mêmes, afin de contribuer à l’évolution des-dits collectifs.
Pour la survie de l’espèce, finalement.

Quand j’ai apposé le terme “Alchimiste sociale” à côté de mon nom, j’ai ressenti un énorme apaisement. Le terme “consultante” commençait à me dégoûter, ayant une connotation bien trop capitaliste à mes yeux.

J’ai eu un peu peur au début : qu’allaient penser les gens ? Une nouvelle lubie d’Aurélie ? Pour qui elle se prend ?

Et j’ai repensé à mon soulagement.
Cela m’a conforté dans l’idée que j’avais pris la bonne décision.
Et au final, je n’ai eu que des retours positifs, enjoués. Les contradicteurs se sont bien gardés de venir s’exprimer, pour mon plus grand apaisement.

Je constate toutefois la distanciation prise par les personnes qui n’ont pas compris. Mes publications sont moins “likées”, moins partagées.
Si l’on s’en tient aux signes visibles, je suis moins consensuelle.
Mais les réseaux sociaux disposent d’un outil permettant de voir l’invisible : les statistiques, les “vues”.
Elles sont exponentielles. Mes publications sont consultées. En masse.

Il est parfois difficile d’afficher son approbation à une publication disruptive, je le comprends tout à fait. Mais cette même publication et les réflexions alternatives qu’elle offre, sont lues.
Et rien que ça me conforte dans ma mission : aider les personnes à trouver leur propre place, leur propre trésor, mais seuls.

Ce n’est qu’une fois que nous connaissons notre propre valeur que nos interactions avec les autres, nos liens, peuvent s’établir de manière équilibrée.



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