3. Attachement et équilibre

 18/07/25

 8H57

 Je me pose la question de mettre des noms de chapitre à un moment.

Quand j’ouvre mon ordinateur pour écrire, je sais quel est le point de départ, ce qui demande à être transcrit et transmuté. Mais je n’ai aucune idée de la direction que cela prendra, mon esprit déroule simplement le fil.
Les art-thérapeutes parleraient d’écriture intuitive.

 Là, ça fait plusieurs jours que je souhaite parler du détachement.

Et oui, vous tenez dans les mains un livre traitant des liens affectifs.
Et rappelez-vous, on part du point zéro.
Avant l’attachement.

 Pour illustrer mes pensées, je vous propose de partir d’un exemple concret.

 Il y a quelques mois, quand j’étais dans une frénésie d’écriture, d’extériorisation de mes émotions par la transcription, j’avais commencé à écrire un roman à quatre mains avec un auteur rencontré lors d’un salon du livre. Je ne le percevais pas encore mais j’avais un lien avec cette personne à travers l’écriture, l’objet livre, les mots écrits. Je l’avais choisi, parce qu’à ce moment-là, ce lien me faisait du bien, il répondait à mes besoins du moment : être comprise, écoutée via mes mots.

Cet attachement était inconscient.

 Au fil de l’écriture de ce roman, je me sentais de mieux en mieux, et nous étions tous les deux emballés par la tournure que prenait le récit.

Si au début, je n’avais parlé à personne de cette nouvelle lubie, le temps passant, j’ai commencé à le partager. Parce que cela me faisait du bien, me sortait de ma torpeur d’alors.

Et un beau jour, j’ai partagé à mon co-auteur l’idée de proposer un lien public du fichier d’écriture.
Mon intention était juste de partager le processus, d’embarquer du monde avec nous.
Mon co-auteur n’y a alors pas vu la même chose.
Pour lui, les personnes qui liraient viendront forcément donner leur avis et leurs volontés sur la suite du récit. Et il ne le souhaitait pas.

Quand j’ai compris ceci, j’ai réalisé que ça n’était pas un problème pour moi, peu importe ce qu’on pourra me dire, ça m’était égal. Sans dire que je m’en foutais, je me laissais l’opportunité d’être influencée si je le souhaitais.
Je ne me sentais pas jugée.
De toute façon, les personnages étaient fictifs, je disais bien ce que je voulais.

 Au final, l’écriture de ce roman s’est tarie d’elle-même.

Plus je me soignais par l’écriture, moins j’avais besoin du soutien d’une autre personne.
J’en suis venue à annoncer à mon co-auteur que j’avais désormais besoin de me centrer uniquement sur moi. Ce qu’il m’a encouragée à faire avec beaucoup de bienveillance.
Je ne sais pas si nous aurons le fin mot de l’histoire entre nos deux personnages fictifs.

 Mais ce qui est sûr c’est que vous aurez le mot fin choisi par mes soins pour cet ouvrage-ci.

Parce que je l’ai fait.
Il y a deux jours, j’ai osé.
Quand l’envie de partager à nouveau mes écrits s’est pointée, j’ai d’abord eu peur.
Parce que ce coup-ci, je suis seule et ne me cache derrière aucun personnage.
C’est déjà ce que je faisais en substance en postant mes textes sur Facebook ou sur mon blog “Coeur et Plume”.
Mais pas en direct.

 Il y a deux jours, j’ai partagé mon idée, et ai proposé de donner un lien de lecture du fichier.
Et des personnes ont réagi.
Une amie dit que c’est tentant de regarder le processus mais qu’elle résistera pour avoir la version finie.
Une inconnue poste en commentaire sur mon blog qu’elle serait honorée de me lire.
Une amie-collègue me demande le lien, parcourt le fichier dans la foulée et m’envoie “J’adore !”.
Une autre amie a manifesté une peur à l’idée de ce que je pourrais écrire.

 Et là, présentement, pour la première fois, j’écris en sachant que je suis lue.
Cela change toute ma perspective et mon intention.
Jusque-là, je n’écrivais pas pour être lue. Un texte porte d’ailleurs ce titre sur mon blog (1).

 Aujourd’hui, les choses ont changé.

 Quel est le lien avec l’attachement me direz-vous ?

 Et bien si je suis capable aujourd’hui d’écrire en sachant que d’autres posent un regard sur mon oeuvre, c’est que je suis détachée de ce qu’ils en pensent.
Je n’ai pas peur de plaire ni de déplaire.
Je suis simplement moi.
Je ne peux pas être différente maintenant.

 Le détachement, cela ne signifie pas l’indifférence.
Le détachement c’est avoir confiance en soi et en ses actes.

Être stable, ne pas être ballotté par l’agitation autour de soi.

 Je suis prête à accueillir ce qu’on voudrait me partager au sujet de mon ouvrage. En temps direct.
Je n’ai pas besoin de savoir ce qu’on pense de ce que j’écris, mais je suis consciente que chacun des retours qu’on pourra me faire aura un impact sur moi, dans un sens ou dans un autre, et que ce sera mon choix de bifurquer ou non sur le chemin qu’ils me montrent.

Je ne demande pas l’approbation ou l’opposition.
Je ne demande rien.
Je prends simplement ce qu’on me donne et je vois ce que j’en fais.

 Vous voyez le lien avec l’attachement aux personnes ? Aux situations ?

 L’attachement peut être conscient ou inconscient.
L’attachement peut être matériel ou émotionnel.
L’attachement peut être guidé par la peur ou par l’amour.

 Quand les attachements ne ballotent pas les personnes, quand les émotions ne prennent pas le contrôle du corps et n’entraînent pas de comportement déviant, on parle d’attachement sécure en psychologie.
À l’inverse, toute situation entraînant des actes que la personne n’aurait pas sans l’existence avec l’objet de l’attachement, participe à un attachement dysfonctionnel.
Vous trouverez dans la littérature de développement personnel les termes d’attachement anxieux, quand il s’agit de la peur de perdre l’autre, et celui d’attachement évitant, quand c’est la perte de la liberté qui est redoutée.

 Cela marche avec les personnes, bien sûr.
C’est le plus évident, ce qui se voit.
Mais c’est visible également à travers la difficulté à se séparer d’objets pourtant inutiles, ou un anthropomorphisme exacerbé envers des animaux.

C’est là que nous pouvons voir des syndromes de Diogène chez certaines personnes, c’est à dire l’accumulation d’objets, une incapacité à s’en séparer, ce qui peut conduire à des situations dangereuses pour la santé de la personne (2)
Il existe également le syndrome de Noé, qui est l’accumulation d’animaux. Ce sont toutes ces situations révélées par ces reportages qui montrent des appartements envahis de chats souvent dans des conditions d’hygiène difficiles, autant pour la personne que pour les animaux.

 Mais ça, ce sont les extrêmes.
Les comportements qui se voient, parce qu’ils sortent du “normal”.

Mais regardez bien, vous trouverez des indices d’attachements sécures ou insécures autour de vous et chez vous…
Changez-vous de ton quand vous vous adressez à votre chaton ?
Pourquoi gardez-vous ce vieux machin cassé qui prend de la place et ne sert plus à rien ?
Pourquoi écoutez-vous cette chanson-là quand vous êtes triste ?

 Le détachement total est la capacité à être inflexible à chacun des mouvements de son environnement.
C’est impossible.
Pour la simple et bonne raison que nous pouvons rester immobiles, cachés, la Terre continuera à tourner, le temps poursuit son propre mouvement, nous entraînant avec lui, malgré nous.

 L’attachement sécure est possible en revanche : la capacité à recevoir, accueillir ce que l’environnement nous apporte comme nouveauté et réagir de manière la plus équilibrée possible. Celle qui nous éloigne le moins de notre centre, de notre stabilité.
Plus nous réagissons dans un extrême ou dans un autre, plus l’écart s’accroît depuis notre propre sécurité affective, le centre de notre équilibre.

 L’attachement sécure va de pair avec l’apaisement ressenti à chaque événement de la vie.
Celui qui se trouve quand on réalise que le seul attachement qu’il nous est impossible d’éviter est celui lié à la gravité terrestre, qui lie nos pieds au sol.

Illustration : Loïc Martin


 



2. Pour plus d’informations sur le syndrôme de Diogène et de Noé, se référer à “Vieillir chez soi, concrètement que faire?” Ed Tom Pousse, Aurélie Aulagnon & Lucie Briatte




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