4. Les mots ont un sens
20/07/25
Les mots ont un sens.
Une énergie même.
Si je vous dis “vacances” puis “fuite d’eau”, il y a fort à parier que votre
visage changera d’expression. Mes mots ont guidé inconsciemment votre corps à
évoluer et manifester votre ressenti intérieur.
Je n’ai jamais ressenti de réelle indifférence chez mes interlocuteurs à
l’évocation de ce mot.
Il fait réagir, toujours, dans un sens ou dans
un autre.
Dans l’acceptation ou dans le refus.
Même quand on me dit “moi ça m’est égal”, j’accepte”, j’entends quand même
derrière les dernières traces de crainte.
Et c’est normal.
En 2024, lors de la réalisation du film “Vivre, regards croisés sur sa propre vieillesse”(1), il était d’abord question d’appeler ce documentaire qui traitait du regard de différents témoins de tous âges portés sur leur vieillissement, “Vieillesse”.
Tous les témoins ont entendu les mêmes questions de ma bouche devant les
caméras :
-
“Qu’est-ce que c’est qu’être
vieux/vieille pour toi ?”
-
“Est-ce que tu te sens
vieux/vieille ?”
-
“Qu’est-ce que ça te fait
ressentir ?”
Et au final, il a été bien davantage question
de parler de vie que de vieillesse, pour tous.
Oui, les mots ont un sens.
Mais je ne peux pas changer les gens ni leurs pensées.
Je ne peux changer que moi-même et mes propres pensées.
“Vieillesse”, un nom, un état, un
fait, est devenu “Vivre”, qui lui est un verbe, un processus, un mouvement.
Vivre est un processus intérieur, c’est ressentir ses organes fonctionner,
sentir sa respiration active, avoir faim…Le temps et l’environnement n’ont pas
d’impacts sur cette intériorité.
C’est à un instant T, le cœur bat, c’est le constat que la vie est là.
Il n’y a pas de milieu.
C’est ON ou OFF.
C’est l’être.
Vieillir est l’externalisation des impacts du
temps qui passe et du rôle de notre environnement sur le corps. Ce sont les
rides qui apparaissent, un bronzage un peu trop marqué, un essoufflement
nouveau en randonnée, une presbytie qui pointe, un cheveu de plus qui disparaît.
Pourtant notre cœur bat et nos yeux sont toujours reliés au cerveau.
Ce sont toutes les nuances entre ce ON et ce OFF.
C’est le paraître.
Si nous étions seuls, chacun de notre côté, tout serait parfaitement aligné,
notre apparence serait le reflet exact de notre intérieur, pour la simple et
bonne raison que nous n’aurions pas le miroir du regard de l’autre.
Nous vivons en société.
Dès que nous sommes en présence d’une autre personne, nous sommes confrontés à
ce qu’elle paraît, et nous choisissons de lui montrer uniquement ce que nous
souhaitons.
Le regard de l’autre est notre miroir sur
notre apparence.
Soit on le savait, qu’on avait pris du poids, mais qu’on ne voulait pas le
voir, ou même qu’on le cachait, et donc, ça pique quand on nous le dit…
Soit on ne le savait pas qu’on avait ralenti le rythme, et qu’effectivement, le
fiston, il a pas tort…
Dans les 2 cas, c’est une autre vérité, différente de la nôtre, consciemment ou
pas, qui nous est proposée.
Et notre réaction à ces petites phrases anodines pourtant chargées de sens
seront le curseur de l’équilibre dans l’alignement être/paraître.
Le rejet quand on choisit de refuser la réalité de l’autre. Un rejet pouvant
aller jusqu’au déni quand les faits objectifs donnent raison à l’autre (oui la
balance ne ment pas).
On s’éloigne alors encore de l’équilibre sur le moment.
L’acceptation quand on réalise que l’autre est dans le juste, et qu’objectivement,
je mets plus de temps pour passer du salon à la cuisine. Et là, le curseur de
l’équilibre être/paraître vient se recentrer doucement. Et peut-être même que
je vais consulter un médecin pour m’assurer que c’est bien le processus de
vieillissement normal. Je vais écouter l’autre.
Dans une société fonctionnelle, qui valoriserait et accepterait l’avancée en
âge ou le changement d’apparence, les individus n’auraient aucune raison de
rejeter le regard de l’autre, au contraire. Et elle participerait à
l’équilibrage de chacun. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes.
Bizarrement, ce n’est pas trop ce que je constate…
Et
pour clore ce chapitre, je dois vous avouer un truc : je me pose la question de
changer le titre du livre.Passer de “Vieillir et Aimer” à “Vivre et Aimer”.
Je ne suis pas fixée encore.
Le temps me donnera la réponse.
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