8. Liens et animaux

 30/07/25

9H08

Quand j’ai commencé à m’interroger sur les liens affectifs, ce qui nous relie les uns aux autres, il en est une sorte qui s’est imposé à moi, et auquel on ne pense pas forcément.
C’est pourtant le type de relation que l’on trouve à tout âge, et dont l’investissement prend souvent de l’ampleur au cours du processus de vieillissement.

Les animaux.

Nous n’avions pas d’animaux dans la famille.
Et pourtant je rêvais d’avoir un animal.
Un chien, surtout, en tout premier.

Mais non, refus catégorique de mes parents.

Mais l’univers a été taquin. Il m’a fait gagner un poisson rouge à la kermesse de mon école primaire. Impossible pour eux de s’y opposer. Je revois encore le sourire forcé de mon père devant ma joie incommensurable.
Nous sommes allés chercher Bubulle, et au grand désespoir de Papa et Maman, il n’a pas été loin de battre le record de longévité du poisson rouge, nous ayant accompagnés de ses sauts bocal/carrelage dans la cuisine et de l’obligation de lui trouver une nounou pour les vacances pendant près de 3 ans.
Et pourtant, quand Maman ce matin-là est venu m’annoncer la mort de Bubulle, c’est une tristesse non feinte que j’avais ressentie.
Bubulle a eu droit à un enterrement en bonne et due forme.
C’était mon premier deuil.

Mais toujours pas de chien.
Nous avions désormais un jardin, mais pas de clôture, excuse parfaite pour mon père.
Agrémentée d’un “mais un chien il faut s’en occuper tout le temps”.
C’était justement ce que je souhaitais, mais non, je n’étais pas entendue.
À défaut, j’avais gravé la phrase de ma mère dans mon cerveau : “Quand tu seras chez toi, tu feras ce que tu veux”. Deal.

Alors je me suis rabattue sur un plan B.
Le cheval.
Personne de ma famille n’était cavalier, mais j’étais attirée par ce milieu.
Là encore, coup de pouce de l’Univers.
Mon père bénéficiant d’un Comité d’Entreprise hyperactif pour les enfants des salariés, il m’a été facile de me faire inscrire à un stage d’équitation.

Il avait mordu à l’hameçon en me laissant aller à ce stage, pensant calmer mes envies.

Il ne le savait pas, mais il venait de m’ouvrir une porte qui jamais ne se fermerait.

Fin du stage pour lequel nous avions acheté bottes et bombes.
Je me revois dire à ma mère : “ maintenant qu’on a acheté le matériel, on peut peut-être m’inscrire pour des cours ? Et ça tombe bien, puisqu’Aurèle (ma meilleure amie) en fait aussi, on pourra s’arranger pour les trajets !” Ajoutez à cette supplique le regard du Chat Potté et vous avez la recette parfaite pour un embobinement en règle des parents.
Pour être bien sûre de mon coup, j’avais ajouté “c’est soit les cours d’équitation soit un chien”. Ils avaient compris que je ne lâcherai pas l’affaire, et une fois de plus, ils ont craqué. Ils achetaient leur tranquillité.
Et j’ai commencé l’équitation.

Je suis entrée dans un monde de rigueur, de brutalité, de peur.
Le club dans lequel j’ai débuté était de l’ancienne école : celle de la domination de l’homme sur l’animal. Chaque vendredi matin, jour de notre cours, Aurèle et moi avions la boule au ventre. Nous avions peur de savoir quel cheval nous allions monter.
Mais je ne disais rien. Mes parents ne le savaient pas. Hors de question de me priver de ce contact avec les animaux, au risque de me rendre malade. Inconsciemment, je savais que rien n’était de la faute des chevaux. Ils étaient enfermés dans ces quelques mètres carrés, en sortant trois heures par jour en carrière. Je serais dans le même état qu’eux à leur place. Je ressentais leur douleur, je n’en ai jamais voulu à aucun cheval m’ayant viré de son dos. Et il y en a eu un certain nombre.

Jusqu’à l’accident.
Celui qui a fait qu’il me manque une journée entière dans ma mémoire de vie.
Celui qui a fait que jamais je ne monte sans bombe, puisqu’elle m’a sauvé la vie ce soir-là.

Mais jamais je n’avais envisagé d’arrêter l’équitation, c’était devenu vital.
La nature étant bien faite, mon amnésie m’a permis de ne pas avoir peur de remonter.
Le hasard n’existant pas, le CE de mon père avait également changé de crèmerie pour ses stages, ayant dégoté un petit club en Isère, en pleine nature.
Trois semaines après mon traumatisme crânien, je reposais les fesses sur un cheval, au milieu d’un pré immense.
Dans un cadre verdoyant, bienveillant, avec des chevaux qu’on allait chercher au pré, qui semblaient nous accueillir plutôt que nous repousser.
Un club tenu par une famille avec des enfants de mon âge.
Ma nouvelle terre d’accueil du week-end.



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