9. Illusions et projections

 

31/07/25

8H53

Je prends le temps de décrire mon entrée dans la vie affective via les animaux.
Ce sont ceux qui m’ont le plus appris, bien davantage que les humains.
Et rétrospectivement, des décennies plus tard, devenue adulte et auto-observatrice, il m’est important de regarder dans le rétroviseur et de voir toutes les balises qui avaient été placées sur mon chemin.
Ces balises que nous avons tous sans les voir.
Des guides qui prennent parfois la forme de bêtes à poils.

Avec les animaux, pas de langage verbal, pas d’explication orale.
Seulement des ressentis.
Qu’on ne comprend pas toujours sur le coup.
Mais qui sont sources de connaissances de soi-même quand on apprend à se regarder dans le regard d’un animal.


Devenue adolescente, j’avais découvert un autre monde du cheval.
Celui du respect de l’animal.
Celui de l’amour pour une autre espèce.
Mon père, lassé des trajets, n’avait pas traîné à m’acheter une moto, afin de me laisser libre de mes déplacements.
Cela correspondait au moment de la rencontre avec mon futur mari, tout était parfait dans le meilleur des mondes.

Non hasard du destin - vous aurez compris que je ne crois absolument pas au hasard - la famille qui tenait ce club rêvait depuis toujours de passer de l’équitation classique à l’équitation western. Ils ont osé se lancer au moment de mon arrivée.
J’ai donc vécu avec eux la transition d’une équitation stricte, droite, carrée, vers une manière de monter bien plus tournée vers la nature, vers l’instinct du cheval, vers la coopération homme/animal.
Je ne pratiquais plus l’équitation, je grandissais à travers les chevaux, je m’épanouissais.
L’équitation western refera irruption dans ma vie bien des années plus tard, lors de mon voyage solo libératoire post-divorce, dix jours de convoyage de bétail dans le Montana.
Un voyage initiatique (1)

Et c’est vers 18 ans que l’envie d’avoir mon propre cheval a commencé à émerger.
Quand mon professeur m’a proposé d’acheter Sombrero, ce mélange improbable de pur race espagnol et de Quarter Horse que peu osaient monter mais avec qui l’alchimie était parfaite, la raison l’a emporté sur l’appel du coeur. Trop cher, trop vieux. Je ne crois pas en avoir jamais parlé à mes parents.
Mais la brèche était créée…

Et là s’est mis en place un mécanisme inconscient que nous expérimentons tous : la projection.
J’ai commencé à rêver du cheval parfait pour moi.
Il prenait la forme d’un cheval américain, forcément, avec un nom qui marquerait tout son caractère, du style “Tornade” (on a grandi avec Zorro le dimanche soir ou pas).
Avec lequel je parcourrai les grands espaces, au coucher du soleil.

Bref, je me créais une illusion.

Cet élément est à mettre en perspective avec le sujet de cet ouvrage…
N’avons-nous pas tous créé ces illusions sur notre futur ? Nourris aux contes de fées et aux films romantiques ? N’avons-nous pas tous projeté des rêves sur nos relations idéales ?
Mais ces rêves, ces projections ne viennent pas combler un besoin mais une envie.
Je cherchais alors le cheval qui viendrait abonder dans mon illusion de liberté, d’image de femme libre. Je ne rêvais pas d’un cheval qui m’y conduirait, mais d’une monture qui me le ferait croire. Qui continuerait à me bercer d’illusions.

Là encore, nous reparlerons de ce sujet plus tard : le couple constructif, ce n’est pas celui qui va conforter ses membres dans leurs illusions, ou nourrir leurs égos… C’est au contraire celui qui va confronter chacun des individus à ses manques pour évoluer.
Et c’est précisément ce qui s’est passé lors de l’arrivée de Yung dans ma vie.



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