19. Amour et distance

 15/08/25

8H48

Pas de jour férié pour les passionnés.
Au contraire, même.
Je suis au café, mon lieu d’écriture préféré.
Lieu de rencontre par essence.

En ce jour d’assomption, les habitués se mêlent aux touristes venus découvrir la cité médiévale.

Mais ici, sur cette terrasse, à cet instant, tout le monde est au même niveau : nous buvons tous un café.

Cela pourrait être considéré comme un point de départ de rencontre.

La rencontre, le point zéro entre 2 individus.
La première interaction, la première entrée en contact, le premier regard.

Oui, pour moi, sans échange de regard, il n’y a pas réelle rencontre.

On dit que les yeux sont le miroir de l’âme.
Une vraie rencontre ne peut se faire qu’entre deux âmes.
Sans regard, ce n’est qu’un échange d’enveloppes.

Et à chaque nouveau regard, c’est une mise à jour de l’état des âmes.
Puis la distanciation, chacun repart de son côté.
Et des retrouvailles, nouvelle rencontre.
Et ainsi de suite.

C’est justement une des plus belles rencontres de ma vie qui m’a enseigné ce fait, ces cycles.

J’ai rencontré cet homme lors de ma reprise d’études en période COVID.
Un premier échange de regards, dans un contexte universitaire. On pose le décor, le cadre.
Les premiers points communs émergent. La relation s’engage de manière amicale, professionnelle.

Puis chacun repart dans sa vie, entre deux sessions de cours.

Et à chaque retrouvaille, un nouveau regard, un nouvel acquis intégré des sessions précédentes.
Le contexte évolue, le cadre s’adapte.
La relation devient plus profonde, plus complice.

Le temps passant, la distanciation devient difficile, s’engagent alors des échanges épistolaires.
Je ne voyais alors pas encore le biais relationnel.
Et c’est dans cette absence physique que je lirai ces mots pour la première fois “je t’aime”.
Sans échange de regard.
Ce détail a son importance.
Aux retrouvailles suivantes, la relation devient intime, charnelle.

Mais je ne voyais pas encore qu’elle était nourrie des illusions échangées par écrit.

Je le comprendrai des années plus tard.

45000 messages échangés.
Et seulement une dizaine d’entrevues.
Passionnelles.
Mais illusoires.

Des instants physiques intenses, vécus au présent, mais dans une réalité totalement alternative créée par nos conversations écrites.


Les échanges écrits, sans aucune interaction physique, ont conduit à ce que nous finissions par croire nos propos.

Mais il arrive à un moment où la réalité nous rattrape, où la dissociation entre les bulles alternatives créées par les deux écrivains que nous étions et les faits, nos contextes réels, nous oblige à constater que ça ne colle pas avec nos vies respectives.

Nous avons mis des années à couper totalement, à accepter l’incompatibilité de nos contextes.
Nous avons encore nourri nos illusions lors de quelques retrouvailles écrites ou téléphoniques. Jusqu’à l’épuisement total de nos réserves affectives destinées à cette relation-là. Tout doucement.

C’est grâce à cet homme que j’ai réalisé que l’amour se créait dans l’absence, mais surtout dans le silence.
Les rencontres physiques sont nécessaires pour confronter les réalités, les corps, les regards.
Les distanciations sont indispensables pour laisser le temps aux données créées par les rencontres de nous imprégner individuellement. Chacun dans sa propre réalité.
Je parle ici de vraies distanciations, saines, du vide, qu’aucun des protagonistes ne cherchera à combler par des messages ou des recherches de preuves d’affection.
Là est la faille du système affectif.

C’est apprendre à se sentir en sécurité dans le couple autant dans la présence que dans l’absence.
C’est le ressenti d’insécurité qui est à l’origine des dysfonctionnements relationnels, quel que soit le type de lien.
 

Et c’est là qu’entre en jeu la communication inter individuelle.





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