21. Communication, mental et biais informatifs
20/08/25
9H
Elle passe par plusieurs modalités, de la plus proche à la plus éloignée :
-
Le contact physique, direct, avec
un échange de regard. C’est l’interaction la plus pure à mes yeux, celle où
seul l’instinct guide le corps, qui, lui, ne peut pas mentir. C’est une
discussion intime entre deux amoureux, c’est un débat enjoué entre deux opposants,
c’est une explication claire d’une mère à son enfant.
-
La mise en présence physique, mais
sans contact direct. On sait que l’autre peut nous voir, nous observer. Il sait
que nous pouvons le voir et l’observer. C’est alors autre chose qui vient
prendre possession de notre corps : notre mental, qui selon notre ressenti
envers la personne, nous fera agir en ce sens. C’est l’homme qui parlera plus
fort que d’usage pour attirer l’attention de la femme qu’il convoite dans une
pièce bondée. C’est l’enfant qui se rétracte sur son siège en classe pour
s’assurer que la terrible institutrice l’oublie pour le passage à l’oral.
Notre corps parle pour nous, nul besoin de paroles.
-
L’échange verbal direct en absence
de présence physique. Il est plus informatif quand il s’agit d’une visio, et
moins précis quand c’est un appel téléphonique. Dans ce dernier cas, seules les
paroles seront transmises, les interlocuteurs n’ont qu’elles pour se croire
mutuellement. Pas de haussement de sourcil, pas de sourire.
Il reste la prosodie, le ton, le volume. Tout ce qui va s’éloigner dans la
forme de la conversation standard sera signe d’alerte pour la personne en face.
Sans image, c’est l’audition qui prend le relais. Nous prenons plus attention
aux détails sonores, à la mélodie plutôt qu’à la parole. C’est ce qui entraîne
parfois un “ne t’énerve pas !” quand aucune des paroles de l’appelant ne
donnait cette information. Mais tout dans son ton l’indiquait. Le corps, une
fois encore, ne peut mentir dans ce qu’il exprime par les sens.
-
L’échange verbal indirect. Il
s’agit là de messages vocaux, d’écrits, voire de vidéos-messages. Tout ce qui
va induire une temporalité entre les interlocuteurs. Il existe un laps de temps
entre la pensée de la personne et sa transcription corporelle. Le mental a eu
tout le temps de se mettre en route : choix des mots, posture sur la vidéo,
sélection des bons émojis…
-
Et pour finir, j’ajouterais la
communication dans l’invisible. C’est quand une personne obtient des
informations sur une autre par l’intermédiaire d’une autre personne ou de
données qui ne lui étaient pas destinées directement. C’est la femme qui n’ose
pas demander des nouvelles directement à sa collègue en chimiothérapie mais qui
va tous les jours demander aux autres employés comment cela se passe pour elle.
C’est le fan de ce groupe de musique qui découvre une nouvelle interview du
chanteur dans la presse.
Toutes ces informations sont de la communication, unilatérales, et ce sont
celles qui viennent introduire le plus de biais. Puisqu’aucun message n’était
destiné directement au destinataire, qui a finalement intercepté une bribe
d’infos qui l’a touché. Le destinataire aura pris pour lui une information qui
ne lui était pas destinée. En outre, il l’aura passée au filtre de ses peurs,
de ses connaissances, de ses croyances, sur la personne. La porte ouverte aux
interprétations.
Il y a très peu de chances que le message reçu en fin de course soit celui
transmis au départ. La collègue vit peut-être très bien sa chimiothérapie et en
profite pour repenser sa vie professionnelle, quand celle qui s’inquiète pour
elle y appose ses propres peurs de la mort et en fait un moment difficile.
Le chanteur laisse peut-être à voir le message qu’il s’agit de la fin du
groupe, mais le fan choisit de ne pas l’entendre, et refuse d’y croire.
Vous aurez compris que je ne fais aucune distinction entre les types de relations. Pour moi, le processus de communication est le même, quel que soit le niveau d’intimité.
Moins vous allez impliquer de dispositifs sensoriels dans l’échange (vue, odorat, ouïe, goût, toucher), plus le message sera flou.
Prenez l’exemple avec un aliment.
Une rencontre avec un nouveau plat.
Vous ne connaissez pas ce qu’on vous présente dans l’assiette, vous ne savez
pas qui l’a cuisiné, vous ne savez rien.
Vous allez mettre en action tous vos sens.
Ce plat est-il bien présenté ? Est-ce qu’il y a du soin apporté à la présentation
? Si oui pourquoi ? Ni non pourquoi ?
Sent-il bon ? Est-ce que l’odeur m’attire ou me repousse ?
Est-il chaud ou froid ? Est-ce que je vais me faire surprendre par la température
?
Bref, vous avez compris, plus vous
allez avoir d’infos sensorielles internes en l’absence d’informations externes,
plus vous pourrez vous faire confiance à vous.
Et indirectement faire confiance à l’autre.
C’est pour cela qu’il est nécessaire, pour un échange
le plus complet possible, d’avoir conscience que la privation de sens, et
l’introduction d’un délai entre les échanges, apportent un biais informatif.
Connaître ce fait permet de dépasser bien des quiproquos simplement liés à une
mauvaise compréhension entre ce qui a voulu être transmis et ce qui a été reçu.
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