22. Protection de l'intégrité, espace et sécurité

 21/08/25

8H54 

C’est un gros chapitre que je m’apprête à aborder.

Celui sur la différence entre les liens affectifs, et la sphère d’intimité.

Un chapitre sponsorisé par Pumpy et Hestya.

Voilà trois semaines qu’Hestya est arrivée à la maison.
Elle a aujourd’hui 4 mois.

Mes filles m’en parlaient depuis longtemps et je sentais l’envie d’avoir un chat monter en moi. Je leur avais dit : “ok, mais ce sera un chaton tombé du ciel”.
Elles ont bien essayé de faire pleuvoir des chatons, mais c’est par l’intermédiaire de Facebook que cette petite chatte s’est présentée.
Elle n’était pas disponible au départ puis la propriétaire m’a recontactée pour me dire que finalement, elle l’était.
Entre temps, nos plans de vacances avaient changé, et j’ai donc dû dire à la propriétaire que nous ne pourrons la prendre qu’après nos congés, car il était hors de question d’accueillir la minette dans de mauvaises conditions, il nous était important de la laisser s’acclimater tranquillement sans lui imposer le stress de nos mouvements.
J’ai ajouté alors que si la chatte trouvait une autre maison entre temps, et bien c’est que cela devait être ainsi.

J’apprendrai quelques semaines plus tard que c’est justement mon approche respectueuse de l’animal qui a fait que la propriétaire nous a gardé Hestia. Elle avait senti qu’elle serait accueillie à la hauteur de sa personnalité.

Le prénom a été choisi lors de notre séjour en Haute-Loire. Nous avons ouvert le catalogue des dieux grecs et Hestya, déesse de la maison et du foyer s’est imposée. Bon, une amie me dira hilare quelques temps après qu’il s’agit du nom d’un logiciel de gestion de repas à l’hôpital… Hasard, je ne crois pas.

Voilà pour les origines.

Le contexte maintenant.
Une maison à 4 niveaux, un paradis à chats.
Avec un chien.
Un gros chien.
Un chien qui avait été abandonné parce qu’il s’enfuyait pour manger les poules des voisins.
Un chien dont la vue d’une proie mouvante faisait remonter en lui tout son aspect louvesque.
Un chien de la bouche duquel ma fille a dû un jour ôter une biche.
Un chien qui jamais n’avait pu s’entendre avec aucun chat.

Et pourtant, je me sentais complètement confiante, sans aucune explication rationnelle au vu de ma bibliothèque interne.
 

Apparemment, j’avais raison, puisque 3 semaines plus tard, Pumpy et Hestya jouent au loup (pouap) dans le salon, avant de partir sur un cache-cache, pour finir sur une sieste collective l’un près de l’autre. 

Il est donc temps de faire une analyse rétrospective et de voir comment ces 2 animaux, antagonistes par nature, ont finalement réussi à cohabiter dans un même espace, sans qu’il ne soit fait usage de contrainte ou de force, et en respectant les besoins de chacun.

Toute comparaison avec des êtres humains que tout oppose mais ayant l’obligation de se cotoyer n’est absolument pas fortuite.

A l’arrivée d’Hestya, chacun avait son espace.
Pumpy n’avait déjà accès qu’aux 2 premiers niveaux, ça n’a rien changé pour lui.
Hestya a été installée en haut, croquettes et litière comprises.

Nous avons présenté les deux animaux l’un à l’autre, puis avons séparé les bêtes.

Et j’ai observé.
Pendant plusieurs jours, Hestya s’est approprié son espace. Elle l’a découvert, éprouvé, testé, habité peu à peu, et a fini par l’investir totalement.
Elle a créé son espace de sécurité, son refuge personnel.

Pendant ce temps, Pumpy entendait les exploits félins d’Hestya et mes éclats de rire devant mon tapis de douche maltraité ou l’exhumation d’objets que je ne savais même pas posséder. Clairement il a ressenti du positif venant de là-haut.

Hestya s’est mise à dormir avec moi, le lien était créé.
J’étais sa personne de confiance.

Puis un jour je suis descendue d’un étage avec Hestya dans les bras. Elle commençait à s’aventurer dans l’escalier, il était temps de le faire, mais en sécurité.
Elle est restée calme, a regardé Pumpy, l’espace entre eux. Elle a scanné la pièce.

Je parlais calmement à Pumpy en même temps, en le regardant bien dans les yeux.

Nous avons fait ça plusieurs jours de suite, jusqu’à ce que ce soit normal pour tout le monde.

Et là, l’arme fatale est entrée en lice : j’ai nommé le jouet Yoda, celui que ma fille Mélia avait acheté pour Hestya.
Un soir qu’Hestya descendait l’escalier, j’ai dégainé Yoda, bondissant et accroché à sa perche. La chatte a alors oublié tout danger potentiel, elle était en mode chasse au Yoda.
Je me marrais toute seule.
Et Pumpy a commencé à s’approcher doucement, intrigué.
C’est vraiment de la curiosité que j’ai ressentie de sa part, aucun danger.

Les jours ont passé, et Hestya nous a rejointes peu à peu dans le salon, en augmentant progressivement son champ d’action, son espace.

Evidemment, il y a eu des moments de frottement.
Dès qu’Hestya courait, elle avait un Pumpy qui déclenchait son instinct de chasse et j’avais directement la musique de Benny Hill dans la tête.
Ou bien une tentative d’attraper Hestya quand elle s’était retranchée dans un coin.

J’ai continué à observer.
Je me demandais si ça allait passer.
Si je devais intervenir.

Et un jour, j’ai compris.

J’ai compris qu’ils avaient mis en place leur équilibre, tous seuls. Et que chacun avait sa place auprès de moi, la présence de l’un n’avait rien enlevé à l’autre dans mon cœur et dans le leur.
.
J’étais leur boussole comportementale. Tant que je ne réagissais pas, c’est qu’ils pouvaient gérer seuls. Si j’intervenais, c’est qu’il y avait recadrage.

L’exemple le plus flagrant, qui m’impressionne à chaque fois que je le constate, est quand Hestya commence à faire ses griffes sur le canapé.
La première fois qu’elle a fait ça, j’ai fait un “tttt, non non, on ne fait pas ça”, tout en l’enlevant du canapé. Pumpy observait.
La deuxième fois qu’elle a commencé à implanter ses griffes, je n’ai pas eu le temps de réagir que Pumpy avait déjà bondi de son coussin pour chasser la délinquante.
Il avait compris que je ne tolérais pas le comportement d’Hestya, et il avait alors pris son rôle de chien de garde en intervenant.
Et son intervention se fait tout en douceur, juste par sa présence, avec un regard œil à œil entre les animaux.

Depuis, je n’ai plus eu à enlever Hestya quand elle tente de faire ses griffes où que ce soit (hormis sur son griffoir à l’étage), Pumpy est heureux d’y veiller.

En quelques semaines, l’équilibre a été trouvé, Hestya se déplace désormais dans toute la maison, vient jouer avec Pumpy, sans jamais sortir les griffes, Pumpy lui donne des coups de langue par-ci par-là.
Sincèrement, je ne pensais pas que ce soit aussi facile, on partait de très loin.

Rapportés aux humains et à leurs relations affectives, ce que j’en retire :

Tout d’abord, voilà comment j’imagine l’être humain. Il est au cœur de son écosystème et dispose de différents cercles de protection de son intégrité autour de lui, selon la place qu’il attribue aux autres personnes. Chaque cercle implique des comportements différents, selon le type de relation.
Nous n’agissons pas de la même manière au contact de notre patron qu’avec notre amoureux…




 

 

-          Avant toute interaction avec l’autre, il est indispensable d’apprivoiser son environnement, de connaître la réalité du terrain. Cela nécessite un temps d’adaptation, seul. C’est la mise en place du refuge d’Hestya à l’étage.

-          Il est primordial de se connaître soi-même. Hestya n’aurait pas taquiné Pumpy si elle n’avait pas confiance en ses propres capacités de fuite, de préservation, de survie.

Ces deux préalables sont la mise en place de l’intégrité de la personne.
Sa sécurité.

Quand deux personnes se rencontrent, ce sont 2 sphères d’intimité, deux rayonnements qui se croisent et doivent s’adapter.

Il faut donc un point d’ancrage stable, neutre, sur lequel chacun des individus peut se reposer. En l'occurrence avec mes bêtes, c’est moi leur point neutre. La Suisse. Mon comportement ne change pas quand tout est à l’équilibre, et il va s’adapter envers le responsable du déséquilibre quand je le constate. Dans une justice/justesse la plus propre possible. Ce qui a nécessité en amont une confiance dans ce point d’ancrage.
Où chacun trouvait sa sécurité.

 


  

C’est une triangulation de confiance.


D’abord l’inconnu, et le cerveau humain étant câblé pour se méfier du danger, il est normal que la personne cherche le loup (re-pouap) derrière la nouveauté.
D’où le besoin de confiance avant de relâcher la protection envers l’étranger.
La période d’adaptation est indispensable, tout comme les moments où chacun a la possibilité de se retrancher dans son refuge personnel, pour découvrir peu à peu qu’il peut en sortir seul sans danger.
Aujourd’hui, c’est en toute confiance que je pars de la maison, en laissant les deux poilus ensemble. Et je suis quasi sûre qu’en rentrant du café où je suis présentement assise et où je n’ai pas emmené Pumpy ce matin (on est venu me demander pourquoi, comme quoi dès qu’un changement s’opère, cela crée un questionnement…), je retrouverai une Hestya larvée sur le canapé en mode repos de fin de chasse du félin, et un Pumpy couché la gardant à l’œil, sait-on jamais, y’a des griffes et un canapé pas loin.



Une fois que le lien est créé entre eux, la triangulation disparaît.
Le nouveau lien est autonome, et c’est à lui de trouver sa propre stabilité, son propre ancrage, dans l’indépendance du premier lien.
Et c’est un autre chemin qui commence.

Si des animaux censés ne pas pouvoir cohabiter y parviennent, pourquoi pas les humains ?





 



 

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