24. Schémas éducationnels et transmission

 24/08/25

9H34

J’ai 10 ans depuis hier.
Il y a 30 ans, je ressentais des émotions par procuration à travers un personnage fictif de livre.
Hier, c’est mon propre corps qui me les a faites vivre.
J’ai déniché la fauconnière qui est en moi.
Je vous souhaite à tous la magie de réaliser un rêve d’enfant.
 

Ce qui me permet d’attaquer le chapitre traitant de la famille… 

La famille, le sang, le lien biologique.
Et même dans les cas de couples homoparentaux ou de cellules familiales différentes (enfants élevés par les grands-parents, par les oncles et tantes…)...
Tous ceux qui entrent dans la case sociétale “famille”.
Avec ses croyances et valeurs associées.
Avec le “chemin” familial attendu.

En 2025, nous sommes dans une transition sociétale.
J’assiste au fil du temps et de mes rencontres à des comportements tout en dualité en ce qui concerne la transmission des valeurs familiales, mais surtout des comportements éducatifs reçus.

Une validation ou un rejet.

Cela peut être soit en bloc, allant jusqu’à l’éloignement physique et/ou émotionnel du parent considéré comme défaillant.
Cela peut être également plus doux, par le découpage chirurgical de chacun des comportements, certains se retrouvant acceptés, d’autres transcendés.

Ma première expérience consciente de cette dichotomie, désolée Maman, c’est toi qui me l’as enseignée.

Anaëlle avait alors 4 ou 5 ans.
Sa grand-mère l’avait gardée une matinée, et je les retrouvais toutes les deux pour déjeuner au restaurant. Le cadre m’a marquée, je me rappelle de chacun des détails.
Surtout cette phrase, de ma mère, s’adressant à Anaëlle, accompagné d’un regard affirmé : “Anaëlle, tu dis à Maman pourquoi je t’ai mis une gifle ce matin ?”
L’écrire me bouleverse à nouveau.
Sur l’instant, je me foutais de ce qu’avait pu faire mon enfant.
Je ne voyais que ce regard empli d'orgueil éducationnel quand en moi bouillonnaient toutes les émotions liées aux fessées et gifles que j’avais peur de recevoir enfant.
Jamais je n’avais touché ma fille, jamais je ne la toucherai.
J’avais été bien trop humiliée, j’avais ressenti bien trop d’injustice, d’incompréhensions.
Il était hors de question que je fasse subir ça à qui que ce soit, à commencer par mes enfants.

Qu’avait pu faire ma fille pour mériter un châtiment corporel ?

Je vous décris les faits, d’une manière que je souhaite objective, afin que vous puissiez vous forger votre propre opinion.
Chez mes parents, se trouve dans les WC un calendrier d’anniversaires.
Chaque invité, chaque visiteur, a la possibilité d’inscrire  le jour de son anniversaire, ce qui permet à mes parents d’avoir une pensée, un geste, envers certaines personnes ayant visité leur trône.
Ma fille est allée aux toilettes.
Elle a vu tous les prénoms.
Elle était en plein apprentissage de l’écrit, et notamment de son prénom.
Il y avait un stylo accroché au calendrier.
Elle a donc écrit un peu de partout “Anaëlle”...

Voilà pour les faits.

La suite, c’est ma mère qui découvre ça, qui se met en colère et qui gifle sa petite-fille.

Quand ma mère me raconte ça, je suis d’abord abasourdie, sidérée, incapable de réagir.
Je poursuis le déjeuner dans un état second. Aujourd’hui, je réalise que j’étais alors encore dans l’illusion du schéma éducationnel familial Aulagnon.

C’est le soir, une fois la distance physique prise avec ma mère, une fois mon énergie hors d’atteinte de la sienne, que je prends conscience de ce qu’il venait de se passer.

J’interroge ma fille : “ Pourquoi as-tu reçu une gifle ?”
Sa réponse : “Parce que Mamie était en colère”.
Simplement.
Ma fille était en train d’apprendre que colère = violence.

Et non, ce n’est pas ça.
La colère est saine, elle est importante pour nous aider à réagir.
Je suis contre la diabolisation de la colère.
Je suis pour son expression.
Plus on réprime une émotion, plus elle sort de manière incontrôlée.
La cocotte-minute, quoi…
 

Impossible pour moi de parler à ma mère, première fois de ma vie que je ne me sens pas capable de garder mon calme.
Je choisis l’écrit.
J’envoie un mail à ma mère, je crois bien que c’était la première fois que je choisissais de passer par ce moyen qui permet une certaine temporalité entre l’émotion et sa traduction.
Et maintenant que vous me connaissez, vous savez que chez moi, l’écrit permet de transmuter mes ressentis.

Je n’ai plus ce mail, c’était une vieille boîte.

Mais je me rappelle d’une grande partie de son contenu.
Je me souviens avoir été méthodique, détachée.
Je me rappelle avoir posé les faits, pris un regard différent (c’est une petite fille de 5 ans qui a eu l’intelligence de voir qu’il y avait des prénoms et qui a agi par mimétisme), et pour la première fois, j’ai abordé l’éducation que j’avais reçue.
Je remerciais ma mère pour tout ce qu’elle m’avait transmis, que j’avais aimé mon enfance, mais qu’il y a certaines choses que je ne souhaitais pas transmettre à mon tour. Et là, je parle de l’humiliation et de la crainte des fessées et des gifles. Alors attention, je n’en ai pas reçu beaucoup, hein. Mais justement, la rareté de ces évènements ont fait qu’ils m’ont puissamment marquée, car à chaque fois de manière complètement injuste [aucune atteinte corporelle sans consentement n’est juste, ndlr]
Et je termine avec la promesse que si cela devait se reproduire, je ne serais plus en capacité de lui laisser ma fille en dehors de ma présence.
Je ne crois pas avoir jamais été autant affirmée.
Une mère qui se dresse contre la sienne.

Elle a pris le temps de répondre.

Elle est comme moi, l’écrit l’aide à accéder à elle-même.
Mon mail lui a fait l’effet d’un électrochoc.
Dans ses mots, des excuses, des compréhensions sur son propre vécu d’enfant auprès d’un père dur, une volonté de se remettre en question.

Nous n’en avons jamais reparlé.

Mais tout a changé depuis ce jour.
Evidemment, cela s’est fait progressivement pour elle, on ne refait pas 55 ans d’éducation traditionnelle en 2 jours.
Mais je l’accompagnais silencieusement, par mes propres apprentissages, mes formations en communication non violente, par ce qu’elle voyait de ma complicité avec mes filles, par ce qu’elle découvrait que nous n’avons jamais eues ensemble…

Aujourd’hui, je ne peux rêver meilleure relation avec ma maman.
Je lui ai pardonné depuis longtemps.
Parce qu’elle ne savait pas.
Du moment où elle a su, où elle a compris qu’elle reproduisait machinalement un comportement qu’elle avait subi, et qu’elle a vu, entendu d’une autre bouche, celle de sa fille, le mal que ça lui faisait, elle a enclenché la roue de son propre changement.
J’avais verbalisé tout ce qu’elle avait enfoui.
Involontairement, je l’ai aidée à s’en libérer.

Ma relation complice avec mes filles et ma mère, d’égale intensité, est la matérialisation de la fin de ce cycle de domination du parent sur l’enfant. 


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Vivre, Vieillir et Aimer

Prologue

7. Nos bagages familiaux