25. Famille et poids de l'aidance
27/08/25
9H25
La famille est une des cellules où se concentre
la majorité des comportements relationnels dysfonctionnels.
Les parents doivent “éduquer” les enfants.
Les personnes âgées doivent être aidées par les autres membres.
Les frères et soeurs se doivent soutien et assistance.
Une sorte de hiérarchie des relations, qui, dès la naissance, vient déposer une obligation au nouveau venu.
Qu’en est-il quand le grand-père a violé en
secret ses enfants ?
Qu’en est-il quand un des membres déménage à l’autre bout du monde ?
Qu’en est-il quand la mère est démissionnaire ?
Entre ce qui est affiché comme devoir sociétal et la réalité des liens entre les êtres humains, il existe un fossé.
Lors d’une projection de “Vivre” en Alsace,
j’ai été interpellée par une femme qui souhaitait mon regard sur la situation
qu’elle vivait.
Cette dame avait environ la soixantaine, et me
racontait qu’il y avait une vingtaine d’années, ses parents avaient fait le
choix de passer leur retraite dans le midi.
Vous voyez le problème arriver, n’est-ce pas ?
Et bien oui, la dépendance a commencé à poindre, et les parents demandent l’aide de leurs enfants. Enfants qui eux, sont restés en Alsace, et culpabilisent jour après jour de ne pas pouvoir porter assistance à des personnes qui avaient fait le choix de partir.
Cette dame savait ce que j’allais lui dire.
Elle avait simplement besoin de l’entendre d’une autre personne, spécialiste du
sujet qui plus est.
Le choix de quitter les terres familiales appartenait à ses parents. Ces
derniers ont fait le choix de favoriser leur qualité de vie à un instant T dans
l'insouciance du futur. Loin de moi l’idée de les blâmer, vivre au présent est
un art que j’aime cultiver.
Mais vivre au présent ne doit pas devenir le déni d’une réalité possible.
Le choix d’une personne ne doit pas devenir le fardeau d’une autre qui subit ce choix, chantage affectif compris.
Chacun possède son libre arbitre.
Faire un choix, c’est entendre l’engagement derrière, et avoir la capacité de
porter la responsabilité des conséquences de ces choix, dans le respect des
relations existantes au moment du choix.
Je ne lui ai pas dit de laisser tomber ses parents.
Je lui ai proposé de reprendre les faits, ceux qui ont conduit à la prise de
distance physique de ses parents, de leur propre initiative. À cette occasion,
ils sont venus apporter un changement dans leur lien. Leur fille a subi, et
s’est adaptée.
Ce qu’elle ne m’a pas dit, c’est qu’elle a peut-être souffert de cette prise de
distance. Qu’elle a peut-être dû aller dans le midi pour ses vacances, quand
elle aurait peut-être préféré aller ailleurs. Qu’elle a subi une obligation par
devoir familial, obligation qui n’existait pas avant le départ de ses parents.
J’ai rappelé à cette femme l’existence de dispositifs de soutien à domicile, de
moyens de communication, et surtout de sa propre souveraineté. Elle est partie
avec les références de mon livre “Vieillir chez soi, concrètement que faire ?”
et la prise de conscience de son propre droit au choix : celui de se choisir
elle-même, tout en ne laissant pas tomber ses parents.
Quand cette femme et moi nous sommes quittées, j’ai ressenti un poids en moins sur ses épaules, et une assurance nouvelle.
Le statut familial n’est en aucun cas un rôle
à jouer.
Un parent et son enfant, ce sont simplement deux humains qui n’en sont pas au
même stade de développement biologique mais qui ont les mêmes points de départ
et d’arrivée.
Avoir l’humilité de reconnaître que seule la
temporalité est différente permet le recul nécessaire afin d’éviter d’agir de
manière dysfonctionnelle.
Se poser la question “qu’est-ce que j’aimerais, moi, à cet âge ?” et oser y
répondre de manière franche et ouverte, en se libérant des carcans sociétaux apporte
souvent la meilleure réponse qui soit.
Nous sommes tous différents, nous possédons
tous quelque chose d’inouï, que personne d’autre ne possède à cet instant T.
Nous lier les uns aux autres, c’est procéder à un échange.
Un échange physique, émotionnel, affectif, pécunier, matériel… Peu importe.
Quand l’échange est équilibré, la relation l’est.
C’est quand l’échange est disproportionné que la relation en pâtit.
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