28. Image de la vieillesse et responsabilité

 30/08/25

9H14

 La question du deuil est finalement celle de toute une vie.

J’aime à rappeler que chaque instant est le deuil du précédent.

En ce qui concerne le deuil de notre propre vie, de notre propre être, et ce qui relève du contact avec notre propre mort, c’est avec une notion essentielle que je rappelle souvent en conférence que je souhaite l’introduire :

La vieillesse est la seule étape de la vie que nous abordons uniquement par le prisme de l’autre.
Nous avons tous été enfants : nous pouvons tous nous mettre à la place d’un enfant.

Il nous est tout à fait possible d’être en empathie face à cet enfant qui grimace devant un plat qu’il n’aime pas, ou au moment de faire ses devoirs, ou lors d’un instant de frustration.

Il en est de même pour la perte d’autonomie.
Nous avons tous été en incapacité à un moment : nous pouvons expérimenter le handicap.
Il aura suffi de se casser le bras, être trop petit pour attraper les pâtes sur le rayon du haut, ou perdre ses lunettes pour comprendre la vulnérabilité et la dépendance à l’autre ou à un dispositif d’aide extérieur.

Et comme dirait Eckhart Tolle “ une croyance peut vous réconforter, seule l’expérience peut vous libérer”.
Expérimenter, vivre les choses, permet de les intégrer.

Il y a peu de temps, j’ai eu l’occasion d’évaluer pour la Haute Autorité de Santé une école de kinésithérapie pour déficients visuels. Et bien vous savez ce qui m’a aidé à comprendre leur réalité ? C’était le souvenir de mon expérience de repas dans le noir dans un restaurant lyonnais.
Être privé d’un sens aussi essentiel que la vue pour un acte aussi banal qu’un repas était très formateur.
Et rappelez-vous ce que je pense du regard…
Les yeux sont aussi révélateurs que voilants…

Et ce n’était pas on était à table et hop, on éteint la lumière, hein… Non non.
C’est on arrive, et c’est une serveuse non voyante qui nous guide dans le noir jusqu’à notre table. Nous ne connaissons pas la taille de la salle, le nombre de personnes, le contenu du menu ou de nos verres…
J’y suis allée deux fois.
Et j’ai ressenti la même chose à chaque occasion : cette sensation d’étouffement, cet inconfort, ce malaise. Pendant les 10 premières minutes.
Le temps que mes autres sens prennent le relais.

Puis l’ouïe m’a permis de me représenter mentalement la pièce et le nombre de convives.
Le toucher m’a permis d’apprécier la disposition des meubles, des couverts, et la température des plats.
L’odorat m’a permis de préparer mes papilles à manger du poisson.
Et mon goût m’a permis de prendre le temps de savourer.

Tout était adaptation à mon handicap du moment.
Et c’est ce qui m’a guidée quand j’interrogeais ces futurs kinésithérapeutes et leurs difficultés à vivre dans un monde fait de signes visuels.

Concernant la vieillesse, nous ne pouvons pas l’expérimenter avant.
Nous ne pouvons que nous la représenter qu’à travers les ressentis des autres, de ceux que nous considérons comme “vieux”.

Dans “Vivre”, la jeune Lilwen explique à un moment que son grand-père se plaint toujours de douleurs musculaires.
Lilwen grandit donc dans un monde où vieillir est associé à la douleur.

Dans un monde merveilleux où la vieillesse serait associée au bien-être, au bonheur, à l’apaisement, il y a fort à parier que nous serions tous heureux de vieillir.
Mais ce n’est pas le cas.

Je constate, malgré tous mes efforts pour découvrir des contre-exemples, que la majorité des représentations de la vieillesse sont davantage négatives que positives.

Et forcément, nous sommes attirés par ce qui est positif, et repoussons le négatif.
Donc nous repoussons l’idée de vieillir, nous regardons ailleurs, voire tentons de la contrer.
Comme dit plus haut, ce qui fait peur nous repousse.

Ce qui me conduit à affirmer que nous sommes responsables des représentations de la vieillesse que nous véhiculons, à commencer par celle que nous offrons à nos proches.

Avoir conscience que, par nos plaintes, nos petites phrases négatives, nous contribuons à alimenter la peur de vieillir permettrait d’en réduire la portée.

Et plus nous serons nombreux à montrer l’exemple, plus le positif prendra le pas sur le négatif.

Evidemment, mes propos peuvent paraître bisounours.
Mais j’y crois.
Et je vous invite à simplement conscientiser les propos que vous tenez au sujet de votre propre processus de vieillissement.
À vous poser en observateur de vos paroles et des représentations que vous véhiculez.
Nous sommes tous responsables.




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