36. Injustices hommes/femmes

 

14H50

Hier, lors de la fameuse évaluation de la résidence autonomie, un autre propos des professionnels a attiré mon attention et contribué à une réflexion pour cet ouvrage.
Nous parlions du sujet de la sexualité.

Le CCAS[1] de la commune avait organisé une conférence sur le sujet des relations sexuelles, avec une intervenante que je connais et recommande[2].

 Les professionnels m’ont rapporté qu’à l’occasion de cette soirée, certaines résidentes ont découvert ce qu’était un périnée, et s’étaient interrogées sur la possibilité pour elles d’avoir un suivi gynécologique malgré leurs 90 printemps.

Une autre thématique a émergé.
Une thématique que les enfants entendent beaucoup depuis quelques années.
Une thématique que le mouvement “Me too” a enfin mis en lumière.
Le consentement.

Ce n’est pas la première fois que je le constate.
La question du consentement dans le milieu du grand âge, le mot même parfois, est souvent découvert grâce aux actions initiées par les établissements. Voilà d’ailleurs un sacré point positif pour ces lieux souvent décriés, mais qui ont bien un rôle d’éveil des consciences sorties du sacro-saint domicile individuel, où l’on ne sait pas toujours ce qui s’y passe.

Des femmes de 90 ans découvrent qu’elles ont été victimes de viol conjugal.
Que mariage ne veut pas dire relation sexuelle.
Qu’une absence de non ne signifie pas oui.
Que la pression psychologique est une violence insidieuse.
Qu’il existe un outil appelé le “violentomètre” qui permet d’objectiver les comportements subis.
 

Si la parole se libère chez les générations de moins de 50 ans, elle reste encore feutrée chez les personnes âgées, engluées dans un cadre socio-familial d’un autre millénaire. 

La question de l’inégalité de traitement social entre les femmes et les hommes et ses impacts est inépuisable. Elle est abordée avec brio sous l’angle du vieillissement par Florence Braud, un ouvrage[3] que je recommande chaleureusement.

Je n’apporterai mon regard qu’à partir d’un simple exemple.
Le corps.
Enfant, sur la plage, je me rappelle avoir été entourée de femmes aux seins nus. Dont ma mère. J’ai grandi dans un monde où les hommes et les femmes étaient habillés de la même manière pour se baigner. C’était naturel pour moi. Evidemment qu’il y avait des regards, évidemment qu’il y avait des jugements. Mais chacun était libre de se mettre torse nu.

En 2025, je suis bien souvent seule à oser.
Ce qui était normal et évident pour l’enfant que j’étais est devenu rare et injuste à mes yeux d’adulte.
Mes filles m’entendent souvent dénoncer le fait que cela ne pose de problème à personne que des hommes puissent se mettre torse nu.
Quelles seraient les réactions si les femmes faisaient la même chose?
Nous avons bien quelques éléments de réponse lorsque les Femen organisent des actions militantes : pour s’être montrées publiquement seins nus, elles se font arrêter.

Reposons les bases.
Hommes comme femmes, nous possédons tous des mamelons.
Nous partons du même niveau corporel.
La femme, enfanteuse et nourricière, possède, à l’instar de tous les animaux, des glandes mammaires.
Couvrons-nous les mamelles des vaches ?
Habillons-nous les corps de nos chiennes et chattes pour éviter les regards sur des organes nourriciers ?

Evidemment, ces questions sont rhétoriques.

L’enfant apprend très tôt que la mère possède les organes destinés à faire grandir l’enfant avant son sevrage. Il s’agit d’un fait objectif.
 

L’inégalité de traitement est donc bien culturelle. C’est l’interprétation qui a été apposée, l’image en lien avec la sexualité et intrinsèquement le pouvoir inhérent des femmes qui en sont les raisons.
J’enfonce une porte ouverte avec mes propos, c’est évident.
Mais parfois, il est utile de rappeler des évidences.

Je n’ai pas de source officielle, mais je ne pense pas que la sexualisation du corps des femmes, le contrôle direct (religions, injonctions…) ou indirect (remarques insidieuses, publicités…) imposés via leur manière de se vêtir viennent des femmes elles-mêmes.

Rappelez-vous mon chapitre sur le lien entre patriarcat et sédentarité.
Lorsque l’humain s’est déconnecté de la nature.
Jean-Jacques Rousseau adorerait mon point de vue.

En oubliant son état originel, l’humain a fait des différences anatomiques des deux polarités créatrices, les 2 sexes, une opposition et non plus une complémentarité. 

La bonne nouvelle, c’est que j’observe de nombreux “éveils de conscience” chez les hommes. Après la révolte des femmes, c’est celles des masculins, qui réalisent ce qui leur a été imposé, une certaine virilité toxique, des comportements archétypaux.
Et ils se rebellent.
Ils osent parler, enfin.
La solidarité homme/femme se réveillent.
La complémentarité des polarités reprend sa place peu à peu.

Il s’agira alors pour les femmes, tout en prenant leur juste place, de laisser la leur aux hommes.

Là encore, c’est par la prise de conscience que le changement débute.
La suite sera faite de réactions, d’actions, d’intégrations.
Un deuil à nouveau.
Pour toujours du plus beau.


[1] Centre Communal d’Action Sociale, organe émanant du conseil municipal

[2] Celine Candillier, https://www.alwaysvalentines.com

 

[3] “Vieillir, une affaire de femmes ?” Florence Braud, Editions Berger-Levrault, 2024




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